A propos


Où donc ai-je été cherché cela ? L’idée de la collection des Petits Précis en P de gastronomie italienne a surgi d’un … chaos !

Un hiver, voici 3 ans déjà, j’effectuais des travaux de rénovation qui ont transformé mon lieu de vie en un chantier indescriptible. Pendant plusieurs mois, j’ai vécu la « contrainte » – survécu à, serait plus exact – d’un « Big Bang » domestique.

Le démiurge en quête d’harmonie qui rodait, m’a alors soufflé une idée qui a tourné à l’« Exercice de style ». Heureux hasard qui veut que la gastronomie italienne compte tant de P soit dit en passant…

Inspiré, le projet des Petits Précis en P était né !

Pour ce qui est de l’Italie et sa gastronomie, c’est du côté de ma naissance sur les bords du lac Majeur qu’il faut assurément en trouver l’explication. Un simple plat de pâtes suffit à me ravir…

Ouvertement différents, sans être exactement des livres de recettes, les Petits Précis s’adressent aux amoureux de l’Italie et sa table, à tous les curieux d'histoires et de gourmandises sans distinction.


Qu'en est-il du propos des Petits Précis?

Marguerite Duras écrit : « La nourriture est faite vraiment pour tout le monde. Comme la vie, elle est faite vraiment pour tous. Pas la littérature… ». Pas la littérature ? Ça se discute, sans compter l’implicite élitisme que sous-tend cette assertion qui prend à son compte la distinction entre biologique et psyché. Distinction que réfute Emmanuel Levinas (1)  pour qui « se nourrir, c’est exister, de manière fondamentale et non contingente » comme le résume le philosophe Michel Juffé (2). Pour ma part, nourriture comme littérature sont faites pour tous, vraiment ! Pour défendre mon point de vue : la langue, n’est-elle pas le commun dénominateur aux mets et aux mots ? L’organe qui permet de jouir des premiers, comme des seconds dans l’oralité qui précède toute littérature ? 

Bien souvent, au commencement et pour paraphraser Roland Barthes, « les mots sont des mets » (3). Dans Le Goût des mots, Françoise Héritier évoque « des étonnements d’enfance où la découverte des mots du langage parlé s’apparentait à celle des confitures et bonbons ». On comprend alors mieux pourquoi la mémoire – celle des écrivains en particulier – garde trace de ses premières expériences. A côté de la « madeleine de Proust », la littérature ne manque pas d’exemples. Pour sa part, dans Les Enfants maigres et jaunes, Marguerite Duras restitue des souvenirs de saveurs moins lointaines et néanmoins fondatrices : «Un jour, elle nous dit j’ai acheté des pommes, fruits de la France, vous êtes Français, il faut manger des pommes. On essaye, on recrache. Elle crie. On dit qu’on s’étouffe, que ça c’est du coton, qu’il n’y a pas de jus, que ça ne s’avale pas. Elle abandonne. La viande, on recrache aussi, on n’aime que la chair du poisson d’eau douce cuite à la saumure, au nuoc-mâm. On n’aime que le riz, la fadeur sublime à parfum de cotonnade du riz cargo, les soupes maigres des marchands ambulants du Mékong. Quand on passe les bacs ma mère nous achète de ces soupes au canard, la nuit. Sur les sampans, les feux de charbon de bois sous les marmites de terre. Tout le fleuve est parfumé par le feu et les herbes bouillies.» 

Plus tard, confiture, bonbon, poisson au nuoc-mâm et soupe au canard, s’ordonnancent en recettes dans une syntaxe non dépourvue de poétique. Les Surréalistes ne s’y sont pas trompés ! Ni ma grand-mère qui intuitivement recopiait ses poèmes préférés dans son cahier de recettes à couverture jaune aux feuilles bientôt écornées et tachées des doigts de la cuisinière. Sa recette du Canard à l’orange cohabitait alors avec Hugo et son Poulet basquaise, José-Maria de Heredia. 

Puis à son tour, la recette se décompose en gestes, qui eux-mêmes suscitent des souvenirs, des tranches de vie, des récits. Et revoilà les mets au cœur des mots ! Ce sont ces récits qui sont la matière, le propos, des Petits Précis des Editions du Pétrin.

(1) De l’Existence à l’existant, Emmanuel Levinas

(2) Article : Genèse du sujet et altérité chez Nicolas Abraham et Emmanuel Levinas, paragraphe Vivre et manger, Michel Juffé.

(3) Roland Barthes à propos de Brillat-Savarin (La Physiologie du goût)

Emmanuelle Mourareau, l’éditrice